LoRaWAN : comment arbitrer entre réseaux privés et réseaux opérés ?
La technologies LoRaWAN a le vent en poupe dans les collectivités et s’est imposée comme un élément incontournable des projets de territoires connectés et durables (TCD). Si le modèle de réseaux « privés », portés par les collectivités est dominant, d’autres approches hybrides existent, en exploitant également les réseaux opérés nationaux. Explications...
Lorsque nous observons le développement de LoRaWAN dans les collectivités, deux grandes branches se profilent. D’un côté, il y a les réseaux LoRaWAN « privés », qui sont des réseaux d’initiative publique portés par des syndicats numériques ou des métropoles. De l’autre, il y a les réseaux « opérés », proposés nationalement par des acteurs comme Orange ou Netmore.
Dans les faits, le marché est aujourd’hui très largement dominé par la première catégorie. Les structures de mutualisation que sont les syndicats numériques ont naturellement prolongé leur rôle historique sur la fibre vers le très bas débit. Le LoRaWAN s’inscrit ici dans une logique d’infrastructure publique maîtrisée, au service des communes membres.
Une locomotive : la télérelève
Ces réseaux privés de territoires possèdent de multiples usages, mais l’un d’entre eux est particulièrement important au niveau du volume d’objets connectés. Il s’agit de la télérelève des compteurs d’eau. Connectés en LoRaWAN, les compteurs peuvent envoyer des relevés régulièrement, ce qui permet de facturer au plus juste, d’anticiper les besoins en eau et même de surveiller les éventuelles fuites.
Cette télérelève des compteurs d’eau constitue indéniablement la locomotive des projets LoRaWAN. Elle apporte du volume, structure les modèles économiques et justifie l’investissement initial. Une fois le réseau déployé pour l’eau, il devient plus simple d’y adosser d’autres cas d’usage.
Le bâtiment public arrive ensuite pour connecter des capteurs de température, d’hygrométrie, de CO2 ou de suivi énergétique.
Les limites de LoRaWAN
En revanche, nous devons être lucides : LoRaWAN n’est pas une technologie temps réel. Elle est excellente pour la collecte de données. Elle accepte quelques actionneurs, mais dans des cas où la latence n’est pas critique.
Nous avons parfois vu la technologie « dévoyée ». Par exemple, vouloir faire de la régulation fine de bâtiments avec des dizaines voire des centaines de têtes thermostatiques. Lorsque l’on envoie une commande LoRa, le délai peut atteindre 7 à 10 secondes. Si l’on pilote massivement, il faut gérer des files d’attente, séquencer les ordres. Cela fonctionne, mais ce n’est pas natif. Et surtout, on ne dispose pas d’acquittement en temps réel comparable à un réseau IP.
La même limite apparaît pour le stationnement. Techniquement cela fonctionne, mais lorsqu’une masse métallique – un véhicule – perturbe la transmission, il faut une densification importante des gateways pour garantir la fiabilité en quasi-temps réel.
En résumé, LoRa excelle dans la collecte, moins dans l’asservissement. La technologie évolue, notamment côté LNS (gestion de files, optimisation des transmissions, mises à jour améliorées), mais elle conserve ses fondamentaux : basse consommation, faible débit, latence modérée.
Réseau privé : la norme du marché
Sur les modèles d’exploitation, la grande majorité des projets sont des réseaux privés, mais cela ne signifie pas qu’ils sont opérés directement par les collectivités.
Deux cas se présentent :
- La collectivité délègue l’exploitation à un intégrateur ou opérateur IoT via un marché de travaux et de services (4 ans en général). Elle reste propriétaire de l’infrastructure.
- La collectivité exploite elle-même son réseau si elle dispose des compétences internes (NOC, DSI structurée). Dans ce cas, elle achète le LNS et supervise en propre.
Le SaaS domine largement pour le LNS. L’on-premise reste l’exception, réservé aux structures très matures disposant de data centers et d’une stratégie d’investissement sur le long terme.
Les coûts d’infrastructure restent maîtrisés. Couvrir un département représente un investissement de l’ordre de 2 à 3 millions d’euros. À l’échelle d’une commune, deux gateways peuvent suffire pour quelques milliers d’euros. Ce ne sont pas des montants comparables à une 5G privée.
Réseau opéré et hybridation : pragmatisme et souveraineté
Les réseaux 100 % opérés existent, mais ils sont peu retenus comme modèle principal. La raison est simple : la souveraineté et la dépendance économique. L’arrêt de certains opérateurs a marqué les esprits. Beaucoup de collectivités préfèrent maîtriser leur infrastructure plutôt que dépendre d’un acteur unique.
En revanche, le recours à un opérateur en complément de couverture est fréquent. Pour quelques capteurs isolés, il peut être plus pertinent d’acheter de la connectivité que d’installer une gateway.
Le véritable réseau hybride, avec interconnexion profonde entre cœur public et privé, reste marginal. Techniquement intéressant, il ajoute des coûts d’intégration et de fonctionnement. Or la commande publique privilégie souvent l’investissement (CAPEX) plutôt que des charges récurrentes (OPEX). À long terme, beaucoup préfèrent investir dans leur propre infrastructure.
Une logique avant tout stratégique
Au fond, le LoRaWAN territorial est porté par une logique claire : maîtriser l’infrastructure, sécuriser la donnée et bâtir une politique publique numérique souveraine. Les réseaux opérés gardent leur place comme outil de démarrage ou de complément.
Sogetrel est agnostique vis-à-vis de ces différentes approches technologiques et peut participer à des projets combinant les différentes solutions. Néanmoins, le cœur du marché français reste celui des réseaux privés d’initiative publique, structurés, mutualisés et pilotés par les territoires eux-mêmes.
C’est le cas par exemple en Île-de-France, où le Sogetrel participe au déploiement d’un réseau LoRaWAN d’initiative publique avec le syndicat Val d’Oise Numérique. Ce projet vise à doter le territoire d’une infrastructure bas débit souveraine, mutualisée et opérée pour les usages publics (stationnement, gestion des déchets, éclairage, etc.), avec une ambition de duplication à l’échelle régionale. Il s’agit ici d’un modèle clairement orienté réseau privé de collectivité, conçu, déployé et maintenu dans une logique d’infrastructure publique.
Autre illustration, en Vendée, où Sogetrel est un mandataire du projet « Vendée Territoires Connectés ». Le marché porte à la fois sur le déploiement d’un réseau LoRaWAN très bas débit et sur le développement d’un catalogue d’usages (gestion des déchets, stationnement, etc.), dans une logique intégrée mêlant infrastructure et services. Là encore, le modèle repose sur un réseau dédié au territoire, piloté par la collectivité via le Groupement d’Intérêt Public Vendée Numérique.
Sogetrel participe également aux projets LoRaWAN de l’Ardèche, de Tours ou encore de Bordeaux. Ces exemples témoignent de la grande diversité des projets LoRaWAN en France qui sont aujourd’hui portés à différentes échelles territoriales. Les réseaux LoRaWAN vont ainsi de l’échelle départementale à celle du village : une démocratisation de cette technologie qui n’en est qu’à ses débuts. LoRaWAN devrait continuer d’accompagner le développement des projets TCD en France qui s’accélère, porté par les enjeux d’adaptation climatiques, de souveraineté et de rééducation des coûts pour les territoires.
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